La Danse ou l'Abstraction de la Vie

Une invitation au voyage ... via les danses traditionnelles et contemporaines africaines, les arts et les cultures d'Afrique.

31 juil. 2011

Essence de la danse (1)


Avant tout. la danse est un réflexe, une expression spontanée d'émotions vivement ressenties.

L'homme a trouvé là un moyen de satisfaire son désir de tangence avec l'univers. S'assimilant au mouvement il devient le jeu des quatre dimensions. À l'intérieur des limites humaines la variété est infinie, puisant au sein de la vie.


Aussi faut-il dégager de cette idée, le concept de la force d'évolution dans la danse et rejeter comme une erreur profonde l'idée fixe d'une danse toujours la même.

La danse académique, celle qu'on nous présente encore, et à retard, offre exclusivement au spectateur un plaisir des yeux par une virtuosité exceptionnelle des jambes, à l'encontre de reste du corps, et tend uniquement à s'affranchir des lois de la pesanteur.

Le danseur, astreint aux méthodes désuètes, devient un instrument de mécanique, exécutant des mouvements dépourvus de sens, et le chorégraphe répète dans un langage facile et desséché ce qui fut déjà dit. On fait de la danse pure, l'art pour l'art: expression de décadence, cristallisation et mort.

La danse perd son caractère humain, consistant à traduire l'intensité de la vie, les sentiments, les aspirations, tant individuels que sociaux. On accomplit des actes à l'encontre de la vie.

La danse perd sa place poétique dans la réalité, et elle entraîne l'homme. L'académisme est un cercle vicieux. Heureusement la vie a raison de la mort. Les énergies, étouffées longtemps, trouvent le soin de se libérer par la suite, avec une fureur accrue.

Des pionniers ont, dès le début du siècle, jeté la semence. Le besoin pressant a éclaté. Presque en même temps, Isadora Duncan, Jacques Dalcroze, Mary Wigman et d'autres, élaboraient leurs conceptions sous des angles différents, mais ils étaient tous d'accord sur l'essence.

Et, dans la danse, on en revient aujourd'hui à la magie du mouvement, celle qui met en cause les forces naturelles et subtiles de l'homme, visant à exalter, à charmer, à hypnotiser, à arrêter la sensibilité.

Il s'agit de remettre en action la surcharge expressive enclose dans le corps humain, cet instrument merveilleux, et de redécouvrir, selon les besoins actuels, les vérités connues déjà d'anciennes peuplades primitives ou orientales et concrétisées dans des danses du féticheur nègre, du derviche tourneur ou du bateleur tibétain, s'adressant aux sens avec des moyens précis. La danse atteint sa raison d'être, quand elle sait charmer le spectateur et le faire revenir par l'organisme, jusqu'aux plus subtiles notions. Pour en arriver là, il faut remettre en cause organiquement l'homme, ne pas craindre d'aller aussi loin que nécessaire dans l'exploration de sa personne entière.

D'accord avec les démarches actuelles de la science, et s'appuyant sur le principe de l'unité fondamentale de l'homme, on essaye de retrouver les points sur lesquels se localisent l'émanation de la pensée affective et l'émanation de l'effort physique. La science démontre que ces points sont les mêmes.

On procède donc du dedans au dehors, c'est-à-dire de l'intérieur de l'homme à la matière extérieure, objet de l'art qu'il confronte. En ce cas-ci: temps, espace, pesanteur, car tout est à refaire, notre décadence nous ayant projetés si profond dans le chaos.

Extrait d'une conférence de Françoise Sullivan prononcée à Montréal le 16 février 1948