23 mai 2009

Travailler c'est danser!

De prime abord, cette affirmation pourrait sembler étrange voire provocante, mais elle traduit une réalité de la vie africaine. Les danses traditionnelles africaines, en général, mettent en scène les activités de la vie quotidienne. La plupart d'entre elles sont directement reliées au travail. Les mouvements qu'effectuent les danseurs rappellent les gestes accomplis durant la journée de travail. Ainsi, un pêcheur ne dansera pas de la même manière qu'un chasseur (1).

Musique, danse et activités quotidiennes
Il n'est pas rare que le travail soit lui-même perçu comme une danse. Car toute activité physique a une rythmique et une sonorité propres. Par exemple, lorsque les femmes lavent le linge dans l'eau de la rivière, elles créent une symphonie faite de chants, de frappements (du linge contre les rochers), magnifiée par leur gestuelle gracieuse et harmonieuse. Si un observateur externe les étudiait, il verrait que les gestes de ces blanchisseuses composent une véritable chorégraphie. De la même manière, lorsque les femmes pilent le mil, elles se regroupent à quatre autour d'un mortier. Les pilons s'abattent alors à tour de rôle dans le mortier comme les pistons d'un moteur. Ainsi se crée une trame rythmique au gré du martèlement des pilons, accentué par les claquements de mains et les mouvements des corps des femmes. Si l'une d'entre elles perd le rythme, l'harmonie du groupe est brisée. Il en est ainsi pour le forgeron, les travailleurs aux champs qu'accompagne le rythme des tambours...



Danse des récoltes Suku (Mali)

Le travail au champ
Il commence avec le début de la saison des pluies (mai à juillet). L'accompagnement du musicien rend le labeur moins pénible et plus productif. Chaque tâche est accompagnée par un rythme spécifique : celui pour les semailles, le désherbage, les récoltes; car chacune de ces tâches a sa gestuelle propre, donc sa sonorité propre.

Le rôle du musicien est d'encourager chacun des paysans tour à tour. Il suit l'un d'entre eux pendant quelques minutes puis passe au suivant. Ce faisant, il encourage et stimule le travailleur en chantant les louanges de ses ancêtres. Ainsi, la fierté et l'estime de tous sont exacerbées et l'ardeur au travail s'en trouve augmentée.

Aucun esprit de compétition ne s'installe dans le champ, car chacun travaille au rythme de la musique, ni trop vite ni trop lentement. L'harmonie est ainsi préservée dans la sonorité (par exemple, le son des instruments retournant la terre) et dans le geste (mouvement d'ensemble). Le travail répond alors aux mêmes critères qu'une chorégraphie.



(1) The healing drum by Yaya Diallo & Mitchell Hall, 1989.