21 sept. 2008

Quand la sculpture rencontre la danse

L'art de la danse se décline sous plusieurs formes sur le continent africain : dansé, masqué (port de masques de danse), sculpté, il témoigne de la vitalité et du rayonnement de l'esthétique africaine par delà les frontières.
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L'observation minutieuse des statuettes africaines exposées dans les musées révèle aux plus attentifs l'étrange correspondance qui existe entre danse et statuaire. Les sculptures apparaissent alors comme des pauses instantanées sur la trame gestuelle de danseurs. En les regardant sous des angles différents, on s'aperçoit qu'elles traduisent un mouvement; elles ne sont certainement pas figées.
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On retrouve une position arborée par la quasi-totalité des statuettes : debout, jambes parallèles, genoux fléchis, pieds bien à plat au sol, le torse légèrement incliné vers l'avant et le regard fixant l'horizon. C'est le dooplé (photos ci-haut et ci-après) tel que défini par Alphonse Tiérou, théoricien ivoirien de la Danse Africaine. Ce mouvement de base de la Danse Africaine sans doute ''le plus naturel, le plus authentique et le plus vieux '', rappelle la posture et la beauté du geste régulier et répétitif de la femme africaine pilant le mil à l'aide du pilon et du mortier. "Le mouvement du pilon dans le mortier, explique Alphonse Thiérou, produit un son, une cadence, un rythme, donc une danse. La ménagère devient compositeur. Le va-et-vient du dooplé s’apparente à un spectacle de danse dans lequel un danseur interprète sa chorégraphie en même temps qu'il la crée.''
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Le second mouvement le plus souvent reproduit sur les figurines est le soumplé (ci-contre) qui est en tout point identique au dooplé exception faite des jambes qui sont jointes. C'est également le deuxième mouvement de base communément retrouvé dans toutes les danses du continent. Le troisième mouvement, le kagnioulé (soumplé avec un pied placé en demi-pointe) est plus rarement figuré par les sculpteurs (ci-bas); il symbolise le premier homme-dieu, le premier masque de danse nommé Kagni. Ainsi peut-on découvrir le glossaire de la Danse Africaine à travers ces magnifiques statuaires qui livrent aux initiés ses codes sous-jacents. Car effectivement, les danses africaines traditionnelles sont le fruit d'une longue élaboration de codes propres aux cultures du continent noir et transmis de génération en génération.

Alphonse Tiérou, par son travail de recherche, rend la gestuelle africaine plus lisible à ceux qui autrement n'y verraient que gesticulation débridée et désordonnée. Une analyse systématique des danses africaines lui a permis de définir les dix mouvements de base qui en constituent l'alphabet chorégraphique. Cela fera l'objet d'un prochain billet. Sculpture et danse glorifient la vie. L'une et l'autre clament la liberté du mouvement, sa grâce, sa plénitude. Car l'essence de la Danse Africaine réside dans la seule expressivité du geste. L'expression du visage est secondaire. Voilà pourquoi le regard des statuaires qui fixent l'horizon semble aussi inexpressif. Pour que les secrets de la Danse Africaine se livrent à vous, il faut savoir regarder, écouter et apprendre à ne faire qu'un avec l'univers.

Références

Dooplé, la loi éternelle de la danse africaine. Alphonse Tiérou, 1992.

Musée de l'Homme : De la danse à la sculpture. Un autre regard sur l'esthétique africaine. Anne Docquet, 2000.